CARON
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ATMAH
CARON

Interview croisée d’Olivia de Rothschild et de Louise Turner

Quelle est l’idée fondatrice derrière ce nouveau parfum Caron ?

Olivia de Rothschild : L’idée fondatrice, c’est la liberté absolue et la désoppression des codes. Je voulais un parfum qui exprime un souffle vital, que l’on choisit pour soi, pas une séduction imposée. Le point de départ, ce sont mes voyages au Kirghizistan. J’ai été bouleversée par l’immensité des steppes, la clarté de l’air, l’ouverture infinie des espaces. Cette hauteur qui élève, légère, qui vous fait toucher les nuages tout en gardant les pieds ancrés dans la terre. Ce vent que l’on entend, qui traverse et qui emplit d’une énergie unique. Là-bas, j’ai découvert un peuple d’une dignité rare, vaillant, généreux, avec une grande noblesse d’âme. C’est cette exaltation, ce sentiment d’horizon infini que j’ai voulu insuffler dans ce parfum. La vanille est devenue le vecteur de cette idée, débarrassée et libérée de ses codes sucrés, portée par une fierté intérieure. Ce parfum est pour moi une invitation à une reconnexion à l’essentiel, à ce qu’il y a de plus vrai et de plus pur en nous.

Louise Turner : Dès notre première rencontre, Olivia m’a parlé d’air, de lumière, d’horizons infinis. Mon rôle a été de transformer ces images en matière olfactive. Je voulais que cette vanille respire, qu’elle soit vivante, vibrante, et qu’elle porte cette sensation d’espace infini.

Pourquoi avoir choisi de travailler autour de la vanille, une matière sublime mais inhabituelle chez Caron ?

Olivia de Rothschild : Justement parce qu’on ne l’attend pas chez Caron. La vanille est trop souvent enfermée dans des codes gourmands. Je la vois autrement : noble, pure et nuancée, essentielle. La travailler, c’était à la fois un défi et une façon de dire que Caron peut surprendre sans jamais trahir son esprit.

Louise Turner : C’était une matière parfaite pour exprimer le projet d’Olivia. J’ai choisi une vanille CO₂ Orpur®, très pure, très précise, que j’ai voulu entourer d’air et de lumière. La vanille devient ici l’axe central, mais elle respire, elle se déploie différemment de ce que l’on connaît.

Le nom Atmah est inspiré du sanskrit Atman. Qu’avez-vous voulu exprimer à travers ce choix ?

Olivia de Rothschild : Atman désigne le principe vital, l’essence intime de chaque être, l’âme libre, libérée de sa contrainte physique. Pour moi, Atmah, c’est le souffle vital, l’élégance de l’âme, ce qui l’élève avec grâce. La liberté, chez les Rothschild, s’est souvent vécue en mer. En 1898, mon arrière-arrière-grand-père Edmond fit l’acquisition d’un yacht baptisé Atmah. La navigation était une passion transmise de génération en génération, comme un symbole d’ouverture et d’horizon sans limite. Je pense aussi à Julie de Rothschild, figure féminine hors du commun, passionnée de navigation, qui osa défier les conventions de son temps. Pionnière, elle est la première femme de ma famille à avoir possédé sa propre écurie de bateaux, à la fin du XIXᵉ siècle. En choisissant ce nom, j’ai voulu rendre hommage à cet esprit audacieux, à cette manière de faire de la liberté un art de vivre.

Comment ce parfum reflète-t-il l’ADN de Caron, entre héritage et création contemporaine ?

Olivia de Rothschild : Caron est une maison d’avant-garde. Ses créations les plus emblématiques de Narcisse Noir à Tabac Blond en passant par Pour un Homme, ont toujours su aller à contre-courant. Avec cette vanille réinventée, Atmah perpétue ce pas de côté ! Honorer Caron, ce n’est pas imiter le passé, c’est rester fidèle à ses valeurs : l’audace, la générosité, l’art d’émouvoir et de faire voyager à travers le parfum. Aujourd’hui, cela signifie aussi explorer de nouvelles frontières humaines, notre rapport à la nature, à la terre, aux racines, à ce qui nous relie intimement au monde. Caron ne crée pas des archétypes, mais des émotions incarnées. C’est une maison qui tisse des liens profonds avec l’art sous toutes ses formes, accompagne les mutations de la société et soutient celles et ceux qui, par leur création, font émerger de nouvelles sensibilités.

Louise Turner : Cet héritage exceptionnel nous guide pour signer Caron au présent, à ce moment de son histoire, et imaginer son avenir, dans une continuité qui perdurera.

En quoi cette création s’inscrit-elle dans cet esprit d’audace ?

Olivia de Rothschild : En choisissant une vanille non sucrée, dépouillée de tout réflexe gourmand, nous faisons un geste fort. C’est une vanille d’air et de lumière, une vanille qui revendique sa noblesse. Saisir l’essence et l’énergie des paysages kirghizes, c’était chercher la liberté même du parfum. Pour moi, c’est aussi une mise à nu, un acte de création pure, en suivant ma propre vision, sans me soucier de ce qui se fait ailleurs.

Louise Turner : L’audace, ce n’est pas de choquer. En parfumerie, l’audace peut être l’épure. Ne pas surcharger la formule, mais lui donner une colonne vertébrale claire, lumineuse, qui tient du début à la fin. Un parfum affranchi des tendances et qui nous ressemble.

Olivia, vous avez fait appel à Louise Turner, nouveau parfumeur Maison, à la carrière exemplaire : qu’est-ce qui vous a séduite dans son style et sa manière de composer ?

Olivia de Rothschild : Louise a une précision incroyable, une virtuosité dans la manière de ciseler les matières. Elle sait être claire, nette, mais toujours sensible. J’ai senti immédiatement qu’elle saurait traduire mes images en parfum, sans trahir leur simplicité.

Qu’avez-vous découvert en travaillant avec Louise Turner pour cette première création commune ?

Olivia de Rothschild : Ce parfum n’aurait jamais pu voir le jour sans une vraie complicité. Ce qui m’a le plus frappée, c’est sa capacité d’écoute et d’interprétation, sa finesse et sa sensibilité. Avoir à mes côtés quelqu’un qui résonne et adhère à ma propre interprétation de la liberté, avec une telle précision, a été pour moi une expérience fantastique.

Louise Turner : J’ai découvert la force de vision d’Olivia. Elle parle avec des images très claires. C’est extrêmement inspirant et stimulant pour un parfumeur.

Louise, qu’est-ce qui vous a le plus inspirée dans votre collaboration avec Olivia, et qu’est-ce que représente pour vous le fait de signer ce premier parfum pour Caron ?

Louise Turner : C’est à la fois un honneur et un challenge de signer pour Caron, une Maison qui a tant marqué et impacté la parfumerie moderne. Mais surtout, travailler avec Olivia a été pour moi un vrai moteur. Elle m’a donné un langage et des images très inspirantes, une direction claire, et en même temps une vraie liberté d’interprétation.

La vanille est une matière première très connue. Comment avez-vous choisi de l’aborder et de la réinventer pour Caron ?

Louise Turner : J’ai voulu l’éloigner des codes attendus. Pas de sucre, pas d’aspect sombre ou lourd. J’ai cherché sa dimension la plus pure, minérale, son côté texturé et noble, pour la libérer, la déployer et la faire respirer.

Quelles facettes inédites ou surprenantes de la vanille souhaitiez-vous révéler à travers Atmah ?

Louise Turner : Sa profondeur sans lourdeur, sa noblesse sans artifice, mais aussi son caractère intime, qui n’est pas tourné vers la séduction. Associée à des bois et à des effets minéraux, la vanille prend une autre résonance : elle devient cristalline et aérienne. Le minéral ne s’exprime pas par une odeur directe, mais à travers un jeu de textures et de contrastes qui en traduisent la sensation.

Quels ingrédients viennent dialoguer avec la vanille pour créer cette impression de paysage minéral et lumineux ?

Louise Turner : Les baies roses CO₂ Orpur™ apportent une étincelle dès l’ouverture, une énergie vive. La tubéreuse Natsublim et la Crème de jasmin insufflent une blancheur fluide et satinée, d’une grande modernité. Le Rosyfolia™ ajoute une nuance rosée fraîche et lumineuse, très diffusive. Puis viennent l’Ambrofix™, l’Akigalawood™, le vétiver des sables Orpur™ et les graines d’ambrette Orpur™ : ils structurent la formule dans un axe minéral et boisé, qui soutient la vanille et lui confère ce souffle ample. Le vétiver des sables, originaire d’Inde, a la particularité de pousser dans des sols sableux ; il développe ainsi des facettes salines très singulières, qui accentuent le caractère distinctif de la composition. Enfin, des muscs blancs très texturés prolongent le caractère aérien du parfum et enveloppent la peau.

Atmah met en valeur des matières premières d’exception. Pourquoi ce choix était-il essentiel pour vous, et qu’apportent concrètement ces matières à la composition ?

Louise Turner : Les ingrédients Orpur™ garantissent une pureté et une traçabilité exemplaires, la quintessence même de la matière première. Elles offrent une clarté incomparable. Certaines molécules exclusives permettent ensuite d’affiner la partition ; elles apportent un éclat minéral, une vibration cristalline, une nuance florale rosée. Ces touches précises donnent au parfum sa signature et son caractère unique.

Olivia de Rothschild : Pour moi, le vrai luxe n’est pas l’accumulation, mais la justesse et la qualité des matières. Et c’est toujours aussi une question de générosité : choisir des matières d’exception et les offrir dans toute leur ampleur.

Atmah est décrit comme une « cape de lumière ». Comment avez-vous traduit olfactivement cette sensation ?

Louise Turner : Par la fluidité des accords et la force des contrastes. Le parfum respire mais reste très présent, comme une aura douce. Il enveloppe et élève.

Comment s’est déroulé le processus créatif entre direction artistique et composition ?

Olivia de Rothschild : Dès le départ, j’ai partagé avec Louise des images, des paysages et des sensations très personnelles, notamment liés à mes voyages au Kirghizistan. Le parfum a vu le jour en six mois, ce qui est objectivement très rapide. Mais nous avons vécu ce temps comme un véritable voyage, dense et riche, presque hors du temps. C’est ce paradoxe qui a rendu l’expérience unique : aller vite sans jamais se presser, en gardant l’espace pour douter, ajuster, trouver l’évident.

Louise Turner : Oui, c’était un processus très fluide, presque puriste, dans l’absolu du métier. Olivia exprimait ses visions en images, en émotions, en couleurs ; je les transformais en matière olfactive. Nous avons exploré plusieurs pistes, mais très vite l’une d’elles s’est imposée. Le cadre était resserré, mais il nous a offert une vraie liberté, une intensité créative rare. Ce n’était pas un développement étiré sur des années, et pourtant il a conservé toute la densité d’un long cheminement.

Olivia de Rothschild : C’était un vrai voyage à deux et chaque essai nous rapprochait de l’accord juste.

Quels mots, quelles images associez-vous spontanément à cette création ?

Olivia de Rothschild : Clarté, netteté, lumière.

Louise Turner : La sérénité, et l’infini… au sens d’un mouvement perpétuel.

Vous parlez d’« élégance de l’âme » pour Atmah. Cette notion incarne-t-elle aussi votre vision de la Haute Parfumerie Caron ?

Olivia de Rothschild : Oui. La Haute Parfumerie, pour moi, ce n’est pas l’ostentation : c’est l’émotion qui touche l’âme avec justesse, au-delà des sens. L’élégance, c’est aussi la capacité à se révéler peu à peu, dans le temps. Ce parfum suit ce mouvement : il dévoile ses facettes au fil des heures, comme une confidence. J’aime parler de la nudité de l’âme, dans sa dignité et sa simplicité. C’est l’élégance absolue, l’essence même de ce que l’on porte en soi. C’est aussi un retour à des valeurs nobles : être soi-même, se sentir soi-même.

Que souhaitez-vous que celles et ceux qui le portent ressentent en le découvrant ?

Olivia de Rothschild : Un sentiment de sérénité, de dignité et de liberté.

Louise Turner : Comme un éclairage de l’âme. Ressentir le silence de soi.

Olivia de Rothschild : Je crois que le silence est le plus grand luxe au monde. Le plus beau, qu’il soit physique ou mental.

GLOSSAIRE

Orpur™ : label d’excellence de Givaudan, réservé aux matières premières naturelles les plus nobles, sélectionnées par les parfumeurs pour leur qualité olfactive exceptionnelle.

™ : molécules innovantes exclusives aux parfumeurs Givaudan, qui confèrent aux créations une signature olfactive unique, performante et différenciante.